Conférence des ambassadeurs et des ambassadrices : Discours de clôture du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères (29/08/2018)

Monsieur le Secrétaire d’État, cher Jean-Baptiste Lemoyne,
J’excuse Nathalie Loiseau qui accompagne le président de la République au
Danemark et en Finlande.
Monsieur Premier ministre, cher Jean-Pierre Raffarin,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Madame et Monsieur présidents des commissions parlementaires,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Monsieur le secrétaire général,
Mesdames les Ambassadrices et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,

Lorsque je me suis exprimé devant vous pour la première fois, il y a un an, la France
était attendue. L’élection présidentielle avait cristallisé, dans un message d’ouverture,
la volonté de transformation de notre pays, ainsi que son rejet du populisme et du
repli. Elle avait suscité, jusqu’à l’étranger, espoir et curiosité. Notre pays avait une
opportunité à saisir et notre diplomatie a su se montrer à la hauteur d’une tâche qui a rendu notre mission à la fois plus facile et plus exigeante. Je sais que vous n’avez
pas ménagé vos efforts, je sais quelle part de ce succès vous revient. Je suis donc
très heureux d’être à nouveau parmi vous, heureux de trouver réunie ici cette équipe
de France que vous formez à votre manière.

Un an après notre première rencontre, nous allons donc clore la vingt-sixième édition
de cette Conférence, qui pour la première fois porte officiellement le nom de
« Conférence des ambassadeurs et des ambassadrices ». Cette année, plus d’un
quart d’entre vous sont des femmes, contre à peine plus de 10% il y a six ans. C’est
un signe parmi d’autres de la modernisation de ce ministère, et je m’en réjouis.

Chaque année, la Conférence est un temps fort de la vie de notre ministère.
D’abord c’est le moment où le président de la République vient fixer le cap.

C’est aussi un moment d’échange, marqué par un grand esprit de liberté. C’est
pourquoi j’ai souhaité laisser davantage de temps aux ateliers fermés et réitérer
l’exercice du huis clos, initié l’année dernière, je crois particulièrement réussi cette
année. Deux heures et demie.
Enfin, la conférence c’est un moment où les portes de notre ministère s’ouvrent à
tous ceux avec qui nous avons vocation à unir nos forces.
Vous agissez au nom de l’ensemble du gouvernement. Je me réjouis que Gérard
Collomb, Florence Parly, Frédérique Vidal et Jean-Michel Blanquer aient pris la
parole devant vous ces derniers jours, confirmant la vocation interministérielle de
votre mission.
Je me réjouis aussi de la présence de Peter Altmaier, qui nous a fait, à Jean-Baptiste
Lemoyne et à moi-même, l’amitié de participer hier à un déjeuner de réflexion sur la
politique commerciale.
Cette Conférence est enfin un moment d’ouverture sur la société civile, et notamment
le monde des entreprises, car cette rencontre annuelle est aussi l’occasion de faire
connaître l’action de nos postes à nos concitoyens et d’identifier de nouveaux axes
de travail au plus près de leurs préoccupations. Cent quatorze d’entre vous iront
vendredi dans les régions françaises pour parler du travail qui se fait dans cette
maison. C’est un point important ; j’y reviendrai dans mon propos.
À tous ces égards, notre conférence a été un succès et je souhaite remercier le
secrétaire général, cher Maurice Gourdault-Montagne, ainsi qu’Olivier Chambard et
Sébastien Minot, qui y ont particulièrement oeuvré, ainsi que tous ceux qui, parmi
vous, ont travaillé à ce succès.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

L’année qui vient de s’écouler restera, dans notre mémoire collective, comme un
moment où les circonstances nous apprirent à conjuguer enthousiasme et gravité. Si
la France a retrouvé une position favorable sur la scène internationale, force est de
constater que les risques que nous avions pressentis, les tendances préoccupantes
que nous avions détectées, sont devenus réalité.
Chacun parmi vous en est conscient : nous vivons dans une période de tension et de
conflictualité. Les deux ruptures que j’évoquais devant vous l’an dernier se sont
confirmées : une rupture sur le plan de la sécurité, se manifestant par la
multiplication des crises aux portes de l’Europe ; une rupture dans l’économie
internationale, liée aux déséquilibres commerciaux que risquent d’aggraver les
tentations de guerre économique. Cette année a aussi attesté du bien-fondé de nos
craintes quant à l’émergence de menaces d’un type nouveau dans le domaine cyber
et sur le terrain de l’information. La campagne de manipulation orchestrée autour des
attaques chimiques du régime syrien contre la Ghouta orientale en a fourni le triste
exemple.
Mais à ces crises sur la scène internationale, s’ajoute une crise de la scène
internationale.

Le problème qui se pose désormais à nous, c’est que nos modes de pensée et de
travail ont été ébranlés par la remise en cause des principes mêmes qui régissent les
rapports entre les États, à commencer par le respect de la parole donnée. En un an,
nous avons assisté à la dénonciation de l’accord de Paris sur le climat, de l’accord de
Vienne sur le nucléaire iranien, à l’imposition unilatérale de surtaxes douanières
remettant en cause les accords commerciaux existants et à des prises de positions
revenant à minorer ou, du moins, à conditionner les obligations d’assistance mutuelle
entre alliés. Ce sont autant de défis portés à l’idée même de diplomatie.
L’autre fondement remis en cause aujourd’hui - c’est pourquoi je parle de crise de la
scène internationale - c’est la capacité à dresser un diagnostic partagé des
problèmes du monde. Le président de la République a souvent utilisé la notion
« d’intraduisibles ». Elle s’applique assez bien au quotidien du diplomate, qui doit
composer avec ce que les approches de nos partenaires ont de fondamentalement
ancré dans des histoires, dans des cultures, des impératifs politiques qui ne sont pas
les nôtres. Traduire les « intraduisibles », c’est votre défi. Mais il est des cas où des
États manient sciemment le mensonge ou la manipulation. Il est même des cas où,
aidés par les outils offerts par Internet ou les médias de masse, ils chercheront à
générer une réalité alternative, à manipuler nos opinions. C’est alors sur le principe
même du dialogue qu’ils font peser une menace.
Tous ceux qui reviennent sur leur parole ou agissent de mauvaise foi sont faibles ;
s’ils sont faibles, l’ordre du monde ne s’en trouve pas radicalement troublé. Mais s’ils
sont puissants, comme c’est le cas aujourd’hui, ils mettent en péril la possibilité
même de l’action diplomatique.
Ce constat nous oblige à revoir la manière dont nous concevons notre action. Pour
mener à bien le double projet de refondation que porte le président de la République
- refondation de l’Europe, refondation du multilatéralisme -, nous devons donc nous
atteler à repenser notre diplomatie. En fait, pour parler très concrètement, nous
devons nous battre pour qu’il demeure possible de faire de la diplomatie. Nous le
devons parce que le monde en a besoin et parce que la France en a besoin. Et par
diplomatie, je n’entends pas, vous le savez, l’incantation ou la posture, voire le
bavardage.
Permettez-moi de prendre pour guide le Général de Gaulle, qui se livrait, lors d’une
conférence de presse tenue à l’occasion la crise de Berlin en 1961, à une sorte de
leçon publique de diplomatie : « À un certain point de menace de la part d’un
impérialisme ambitieux, tout recul a pour effet de surexciter l’agresseur, de le
pousser à redoubler sa pression, et finalement, facilite et hâte son assaut. Au total,
actuellement, les puissances occidentales n’ont pas de meilleur moyen de servir la
paix du monde que de rester droites et fermes. Est-ce que cela veut dire que pour
toujours les deux camps devront s’opposer ? Ce n’est pas du tout ce que pense la
France. La France croit que la civilisation moderne n’a d’avenir que par l’entente et
puis la coopération. »
Mesdames et Messieurs,
Les circonstances exigent parfois d’assumer le rapport de forces. C’est encore le cas
aujourd’hui, nous ne le savons que trop bien. Mais assumer le rapport de forces n’interdit en rien de rechercher partout où c’est possible la voie du dialogue et de
l’association. Cette évidence, il nous revient d’en faire une méthode. Car la leçon du
Général de Gaulle est aussi comme une invitation à agir : agir pour défendre notre
vision d’un ordre international régulé, agir pour défendre nos intérêts dans le monde,
agir en conformité avec les valeurs que nous prônons.
Les solutions que nous entendons privilégier sont de notre temps, car la diplomatie,
c’est la seule approche qui nous permettra de faire face aux grands défis de demain :
le défi du climat, le défi du numérique, le défi de la mondialisation. Toutes ces
questions se poseront - et, dans bien des cas, se posent déjà - à l’échelle globale. Il
serait vain de prétendre leur apporter des réponses nationales ou régionales. Et ces
questions se poseront à nous - et là encore, dans bien des cas, se posent déjà -
d’une manière absolument inédite. Nous ne pouvons pas nous contenter de ralentir
le délitement de l’ordre international, nous devons prendre en main sa recomposition.

Pour organiser le « One Planet Summit » ou réunir les responsables libyens à Paris le
29 mai dernier, nous sommes sortis des cadres habituels et nous avons bien fait.
Nous devons donc conserver cet esprit d’initiative, conserver cette inventivité. Nous
devons innover.
Ce programme est ambitieux. Nous devons nous employer à le mettre en oeuvre, en
nous attachant à trois priorités :
D’abord, nous donner les moyens d’être réellement souverains, c’est-à-dire de
maîtriser notre destin dans le monde ;
Ensuite, proposer des solutions concrètes aux grands défis de notre temps ;
Enfin, assurer que les cadres collectifs et la possibilité même du dialogue soient
préservés pour l’avenir.

Notre souveraineté et notre autonomie dans l’action constituent les conditions d’une
diplomatie capable d’aller au-delà du discours. C’est le maintien de moyens de
défense suffisants, bientôt portés à 2% de notre PIB, qui a permis à la France, en
avril dernier, conjointement avec les États-Unis et le Royaume-Uni, de faire respecter
la ligne rouge tracée par le président de la République en mai 2017 devant Vladimir
Poutine. Je veux donc, cette année, placer la question des moyens au coeur de mon
propos, comme je l’ai placée au coeur de mon action depuis un an. Et je voudrais
évoquer, ce faisant, deux éléments de ce que j’appellerai notre capital diplomatique :
notre capital interne, celui qui détermine notre puissance et notre influence propre et
notre capital externe, c’est-à-dire l’ensemble des alliances, des partenariats et des
relations que nous pouvons mobiliser dans le monde pour appuyer nos priorités.
Je veux commencer par évoquer les leviers dont notre ministère disposera pour agir.

Le président de la République avait annoncé, l’an dernier, que 2018 serait une année
de stabilisation. Ce fut le cas. 2019 sera une année de reconquête de nos moyens.
Premièrement, le principe de l’universalité de notre réseau a été une fois de plus
confirmé. Pour moi, c’est essentiel. C’est parce que notre réseau est universel que
nous avons pu obtenir, avec un score exceptionnel, l’élection de Ronny Abraham à la
Cour internationale de justice. Et, lorsqu’il s’est agi d’appuyer la candidature d’Audrey
Azoulay à la direction générale de l’UNESCO, je rappelle qu’à ce moment-là il n’y
avait pas de petites et de grandes ambassades.

Deuxièmement, l’ensemble des leviers concrets de notre action vont être accrus. Il
ne me revient pas de présenter dans le détail les arbitrages rendus avant la
publication du projet de loi de finances. Je voudrais toutefois donner quelques
illustrations.

- Notre aide publique au développement augmentera de manière spectaculaire,
conformément aux engagements pris par le président de la République devant vous
l’an dernier, avec l’engagement de 1,3 milliards d’euros pour l’aide projet soit un
quadruplement par rapport à 2018. Dans le même temps, les enveloppes des FSPI,
à la main des ambassadeurs, augmenteront de presque 50% dans le même temps.
- Les crédits humanitaires et de sortie de crise atteindront 100 millions d’euros soit un
accroissement de 40%.
- Les contributions volontaires au système des Nations unies atteindront 100 millions
d’euros, alors même que nous maintenons nos contributions déjà élevées aux
grands fonds multilatéraux de santé, et que notre contribution au programme mondial
pour l’éducation atteindra 200 millions d’euros entre 2018 et 2020, comme l’a
annoncé le président de la République à Dakar.
- Les moyens du réseau culturel et de coopération seront stabilisés en 2019 après
avoir été augmentés en 2018, de même que le budget de l’AEFE, conformément aux
engagements pris par le président de la République. Sur cette base, nous pourrons
conforter le modèle de l’AEFE, tout en engageant les évolutions nécessaires à un
développement plus ambitieux de son réseau - c’est le sens des propositions que je
ferai prochainement au président de la République. Par ailleurs, le rapprochement de
l’Institut français et de l’Alliance française va dans le même sens et correspond à une
demande que le chef de l’État nous avait adressée l’an dernier. En bref, l’Institut
français sera renforcé dans son rôle d’appui aux deux réseaux, et sa colocalisation
avec la Fondation à Paris créera des synergies, tout en préservant – c’est un point
sur lequel la tension était forte - tout en préservant l’indépendance des Alliances à
l’étranger.
- Concernant la sécurité – c’est un point sur lequel j’étais très attentif, je vous l’avais
dit l’année dernière et je l’ai redit dans certains de mes déplacements. En accord
avec le ministre Darmanin, nous dégagerons des moyens non budgétaires pour
poursuivre et même accélérer le plan de sécurisation de nos ambassades et des
lycées français. 100 millions d’euros seront ainsi disponibles en 2019 et en 2020
pour ces travaux de sécurisation. Je m’assurerai, je tiens à vous le dire,
personnellement de l’accélération de la mise en oeuvre, et cela ne se reproduira sans doute pas deux fois.
Cette hausse des moyens devra s’accompagner d’un renforcement de certains
services en administration centrale. Qu’il s’agisse des questions relatives à la
politique commerciale au sein de la DUE, des questions cyber ou des questions liées
à l’architecture de sécurité en Europe au sein d’ASD ; qu’il s’agisse des équipes des
ambassadeurs chargés des migrations ou du numérique, ou encore de l’affermissement de la fonction juridique sous l’égide d’un comité présidé par le
directeur des affaires juridiques et chargé de me rendre compte régulièrement. Je
demande au secrétaire général de veiller à cette mise en oeuvre et d’identifier les
autres besoins prioritaires, y compris dans les directions géographiques.

Troisièmement, comme vous l’a dit le Premier ministre hier, le ministère de l’Europe
et des affaires étrangères se trouve conforté - singulièrement conforté - dans son rôle de pilotage interministériel. Le transfert vers notre ministère de l’ensemble des
ressources du soutien - qu’il s’agisse des ressources humaines, des finances ou de
l’immobilier -, vous donne, à vous les Ambassadrices et les Ambassadeurs,
l’opportunité d’adapter l’organisation de vos postes. Vous le ferez en impliquant dans
votre réflexion les agents administratifs, notamment les services communs de
gestion. Ils ont amplement fait la preuve de leur capacité d’adaptation dans le passé,
et je voudrais à cet instant saluer leur engagement.

Du coup, le rôle de l’ambassadeur dans la définition de l’équipe dont il estime avoir
besoin pour mener à bien sa mission se trouvera considérablement renforcé. Dans
quelques jours, je m’adresserai à vous pour vous demander de produire un schéma
d’évolution de votre dispositif, tous réseaux confondus, ce qui est une grande
nouveauté, je pense que chacun s’en rend compte. Pour vous appuyer dans cette
démarche et guider la réforme profonde qu’elle implique, j’ai décidé de nommer
auprès de moi Alain Le Roy, assisté d’une équipe interministérielle, il pilotera le
projet sous mon autorité directe et assurera avec moi l’indispensable interface avec
les autres ministères concernés, il sera à votre disposition pour vous orienter et
répondre aux questions très concrètes que ne manquera pas de soulever l’exercice
auquel je vous invite.

C’est un exercice difficile mais qui vous place désormais au centre du jeu. Ce rôle
crucial pour la défense des intérêts de notre pays, je vous demande de l’endosser
entièrement, comme le Président de la République vous y a invités avant-hier.
Vous le savez, les réformes économiques et sociales entreprises par le Président de
la République et le gouvernement constituent la condition de notre redressement.
Si l’année écoulée aura été celle de la fin de la procédure pour déficit excessif
ouverte contre la France depuis 2009, ce qui crédibilise notre discours sur le respect
des règles de l’Union et notre volonté de sa refondation, de nombreux efforts restent
encore à faire. Notre ministère doit être en première ligne pour conduire certains
d’entre eux, car les chiffres de notre commerce extérieur demeurent singulièrement
décevants. L’accroissement des prix de l’énergie y est pour beaucoup et nous
savons également que reconstituer notre appareil productif prendra du temps. Mais
nous devons agir dès maintenant, pour nous assurer qu’aucune occasion, aucune
opportunité à l’étranger ne soit perdue pour nos entreprises.
Les ambassadeurs et les ambassadrices doivent donc devenir les chefs de file,
encore plus qu’avant, de notre expansion économique à l’étranger. En conséquence
de quoi je souhaite que dès le mois prochain, chacun d’entre vous établisse la liste
des dix contrats prioritaires pour nos entreprises dans votre pays de résidence,
quelle que soit la taille, et fasse remonter toutes les huit semaines un point sur
l’avancée de ces projets, sur ce qui a été entrepris concrètement pour les aider, ainsi
que sur les difficultés rencontrées et les actions utiles à mener depuis la France.

À l’international, comme je vous l’avais annoncé l’année dernière et sous l’autorité
vigilante de Jean-Baptiste Lemoyne, nous allons rationaliser l’articulation entre les
acteurs, notre objectif étant de parvenir à ce que le dispositif de soutien à l’export
s’incarne dans un interlocuteur unique sous la responsabilité de l’ambassadeur. Je
compte sur votre engagement pour assurer la réussite de cette restructuration.
Mais je suis convaincu par ailleurs que la bataille du commerce extérieur se gagne
d’abord sur les territoires, d’abord en France. Pour garantir un suivi plus fin et plus
personnalisé à nos entreprises en région, parce que nous avons un nombre
insuffisant d’entreprises qui exportent et parce que nous exportons uniquement sur
certaines filières et pas dans d’autres, pour avoir une dynamique nouvelle, nous
avons redéfini les rôles de Business France, des Régions, de la BPI et des CCI, pour
qu’il y ait là aussi un interlocuteur unique. Cette réforme est en cours. Je me suis
beaucoup investi avec les présidents de région pour faire adopter le plus largement
possible ce schéma qui clarifie le rôle de chacun et place notre opérateur, Business
France, au plus près des acteurs économiques de terrain. Au cours de l’année, j’ai
l’intention, avec Jean-Baptiste Lemoyne, de me rendre chaque mois dans une région
différente pour vérifier la bonne mise en place de ce dispositif et la bonne articulation
avec le dispositif que vous-mêmes vous mettez en place dans les pays d’accueil. La
première de ces visites aura lieu dès le mois prochain. Ce sera en Normandie
puisque le président de région est Hervé Morin.

Sur le front de la diplomatie économique, je veux également évoquer le tourisme, qui
est en soi un secteur d’activité porteur pour notre pays et contribue à renforcer son
image - et, avec elle, son attractivité - à l’international. En la matière, nous avons
connu une progression remarquable. L’année 2017 a été très bonne, avec 87
millions de visiteurs étrangers en France ; l’année 2018 – il y a déjà des chiffres qui
circulent mais il faut attendre la fin - devrait l’être aussi, c’est-à-dire que l’on va
dépasser les 87 millions, on va même sans doute flirter avec les 90 millions. Nous
devons rester mobilisés pour atteindre l’objectif fixé par le Premier ministre, qu’il nousa fixé à Jean-Baptiste Lemoyne et à moi-même, de 100 millions de touristes
étrangers d’ici 2020. Par ailleurs nous ne saurions nous contenter de voir seulement
quelques hauts-lieux de notre patrimoine concentrer la majeure partie du tourisme
international. Là aussi, ma conviction est que le succès passe par les régions – je ne
pense pas que Jean-Pierre Raffarin me contredira. Nous travaillerons donc à
l’internationalisation des territoires. Pour nous y aider, je souhaite que nos régions
puissent régulièrement intervenir devant le corps diplomatique à Paris, à notre
invitation, afin d’évoquer leurs ambitions ou leurs projets à l’international.

Enfin, je veux insister sur l’importance des relations que vous entretenez, vous, avec
les Français de l’étranger, qui constituent également un atout pour notre pays. La
mise en place rapide du fonds de soutien au tissu associatif permettra bientôt de
faire émerger des projets de qualité qui ne pourront que profiter à notre pays.
Nous devons donc travailler à nous renforcer. Mais notre souveraineté et notre liberté d’action ne peuvent toutefois être défendues sur la base de nos seuls moyens. Nous devons donc revenir aux fondamentaux de notre action diplomatique.
Dans ce contexte, la maîtrise de notre destin passe d’abord par l’Union européenne.
Le président de la République nous l’a rappelé lundi : l’Europe est au coeur de notre
souveraineté.
Certes, l’année 2019 sera celle du Brexit. C’est la décision souveraine du peuple
britannique et nous la respectons. Depuis le 19 juin 2017, la négociation est
enclenchée, sous la conduite de Michel Barnier, qui a reçu des 27 États membres et
de la Commission européenne un mandat clair. Jamais il ne s’est agi d’adopter une
approche punitive à l’égard du Royaume-Uni. Il a vocation à rester, après son retrait,
un partenaire et un allié essentiel pour l’UE et singulièrement pour la France, y
compris dans le domaine de la sécurité. On s’interroge encore sur tout ce que pourra
signifier le Brexit. Mais je voudrais déjà vous faire part, à ce propos, d’une double
conviction : le Brexit ne saurait priver la Grande-Bretagne de l’identité européenne
qui est l’une de ses sources vives, ni marquer la fin de la relation entre nos deux
pays. La France est bien placée pour savoir ce que l’alliance avec le Royaume-Uni a
de précieux, a eu de précieux. Mais il y a aussi ce que nos deux peuples se sentent
de commun et qui va au-delà de nos ententes et de nos différends. Il y a ce modèle
que nous avons, pour ainsi dire, inventé ensemble, parfois dans la rivalité : la
démocratie moderne. Il y a ce choix commun de l’ouverture politique et économique.
Il y a aussi une certaine communauté de vues sur la marche du monde. Mais,
néanmoins, dans la négociation en cours, nous devons nous garder de toute naïveté.
Notre intérêt, mais c’est aussi l’intérêt de la Grande-Bretagne, est de mettre fin dès
que possible à l’incertitude que fait planer le Brexit, tout en préservant
vigoureusement, fermement, l’intégrité du projet européen.
Le Brexit ne doit pas nous faire oublier que l’Europe se porte mieux qu’on ne le dit
souvent. C’est peut-être même curieux que je le dise maintenant, mais, quand
même, la Grèce - où je me rendrai la semaine prochaine - est sortie de son troisième
plan d’aide, au prix de lourds sacrifices mais aussi grâce à la solidarité européenne
et à notre volonté indéfectible de préserver l’Union.
Les faits, y compris dans l’année écoulée, le démontrent : l’Europe est forte. Que l’on
regarde ce bilan, qui doit beaucoup à la France.
Il y a eu la détermination de l’Union européenne à défendre fermement ses intérêts
commerciaux face aux attaques américaines, défense que nous n’aurions pas pu
assurer sur la base de notre seul marché national. L’adoption sans délai de
contremesures efficaces a conduit Washington à chercher l’ouverture d’une
discussion. On verra ce qu’elle donnera mais elle est là.
Il y a eu l’affirmation d’une Europe plus sociale, avec l’encadrement du travail
détaché pour mieux lutter contre les fraudes, et avec l’adoption d’un Socle européen
des droits sociaux à Göteborg.
Il y a eu la confirmation que l’Union européenne, lorsqu’elle en a la volonté, est
capable de réguler des secteurs fortement mondialisés selon ses propres normes,
comme le démontre l’alignement des GAFA sur notre niveau d’exigence. Ce résultat,
nous le devons à l’intérêt évident qu’ont ces entreprises à pouvoir continuer à
travailler librement sur notre continent. Isolé, il est clair qu’aucun pays européen
n’aurait pu espérer un tel succès.
Enfin, le tabou qui pesait sur l’autonomie stratégique de l’Union européenne a été
levé, on en parle très régulièrement, il y a trois ans on n’en parlait, mais il a été levé
d’autant plus fortement qu’il y a eu l’adoption d’un Fonds européen de défense et la
mise en oeuvre de la Coopération structurée permanente. Autant d’initiatives que
nous devons continuer d’appuyer, sur lesquelles nous devons continuer à innover.
Avec Nathalie Loiseau à mes côtés, j’en ferai l’une de mes priorités au cours de cette
année.
Mais, malgré ces résultats remarquables, nous le constatons jour après jour, l’Union
est en proie à des forces centrifuges. J’ai évoqué le Royaume-Uni. Je pourrais aussi
mentionner l’Italie et l’Europe centrale et orientale. Chaque État membre est libre
d’élire les dirigeants qu’il souhaite, mais notre vision de l’Union européenne comme
cercle premier d’alliance et de valeurs n’est pas compatible avec des gouvernements
qui n’en respectent pas les principes fondamentaux, ne se sentent aucunement liés
par la solidarité communautaire et ont, au fond, une approche utilitariste de l’Union,
dans laquelle ils ne choisiraient que ce qui les intéresse, et en premier lieu la
redistribution d’argent. De notre côté, comme l’a clairement indiqué le président de la
République, nous ne sommes pas prêts à payer pour cette Europe-là. Il faudra le dire
clairement - d’ailleurs je constate qu’aujourd’hui le président l’a dit encore plus
clairement que ce que je viens de vous dire là. Il faudra le dire clairement car des
élections de mai prochain sortiront les députés européens avec lesquels nous
devrons travailler durant cinq ans. Il s’agira d’un moment absolument crucial pour
l’Europe. De ces élections - de la participation comme des résultats - et du mandat
de la prochaine Commission dépendent l’avenir de l’Union et notre capacité à la
réorienter. Et dans la perspective de ces élections, avec le souhait que vient
d’exprimer il y a quelques instants le président de la République d’avoir en Europe
une majorité progressiste.
Dans la perspective de ces élections, nous devons utiliser les mois qui viennent pour
convaincre de la pertinence de nos priorités qui reviennent toutes à faire de l’Europe
le lieu de la protection collective plutôt que de la concurrence déloyale : taxation du
numérique, intégration de clauses environnementales, sociales et climatiques dans
nos accords commerciaux, protection de nos secteurs stratégiques, réforme de la
zone euro pour assurer convergence et stabilité. Ce sont les sujets qui sont sur la
table et qu’il nous faut mener d’ici les échéances.
Nous y travaillons et nous y travaillerons évidemment avec l’Allemagne, qui est pour
nous le partenaire essentiel. En juin dernier, à Meseberg, nous nous sommes mis
d’accord sur une feuille de route franco-allemande pour la zone euro, sur une
position commune pour harmoniser la fiscalité des entreprises. C’est aussi avec nos
amis allemands que nous recherchons, j’y reviendrai tout à l’heure, une solution
concertée sur la question migratoire. Nous souhaitons à ce sujet pouvoir parvenir à
une position franco-allemande avant le Sommet de Salzbourg du 20 septembre
prochain, afin de ne pas laisser ce sujet aux populistes et aux marchands d’illusions
et parce que nous savons que la relation franco-allemande est le moteur de la
relance européenne. La vitalité de cette relation s’incarnera d’ailleurs très
prochainement dans la signature d’un nouveau Traité de l’Élysée, qui pourrait être
une source d’inspiration pour imaginer l’avenir de notre Union.
Alors, nous continuerons à avancer en franco-allemand. Mais, sur chacun de ces
sujets délicats que je viens d’évoquer rapidement, vos efforts de conviction, là où
vous êtes dans les États membres, votre contribution à l’identification de nouveaux
partenaires moins évidents ou moins traditionnels, seront également essentiels et le
Président de la République, dans le déplacement qu’il effectue actuellement, montre
le chemin à suivre.
Le second cercle, c’est celui de notre sécurité collective et de défense de notre
continent. Les déclarations du Président Trump laissant entendre avant le sommet
de Bruxelles et après le sommet de Bruxelles que la couverture de sécurité
américaine, inscrite dans l’article 5 du traité de l’Atlantique nord, n’avait peut-être pas
de caractère d’automaticité, ces propos ont eu une portée considérable. Pas tant,
d’ailleurs, pour la France, qui a toujours fait de son autonomie en matière de défense
un objectif essentiel que pour ceux de nos partenaires qui ont voulu vivre sous
parapluie américain, sans chercher à préserver leur capacité d’action autonome. Ce
que nous avons à leur proposer, ce n’est pas une voie alternative - car nous
n’agissons pas contre Washington -, mais une voie d’autonomie et de concertation
entre Européens. Il s’agit de réintroduire en Europe une véritable culture stratégique,
fondée sur la compréhension des menaces militaires qui pèsent sur le continent et
sur le renforcement des fondements de la solidarité mutuelle, inscrite dans l’article
42.7 du Traité sur l’Union européenne qu’il m’est revenu d’invoquer pour la première
fois, au nom de la France, suite à l’attaque terroriste du 13 novembre 2015.
Cette culture stratégique, ce que j’avais appelé l’an dernier une « culture du rapport
de forces », doit en outre être assise sur des moyens. L’année 2018 a été celle,
souvent à l’initiative de la France, de partenariats industriels nouveaux, je pense en
particulier à l’Allemagne avec l’engagement du projet du futur avion de combat. Il faut
poursuivre dans cette voie.
Je note d’ailleurs avec satisfaction que nous progressons, même dans des pays à la
ferme tradition de neutralité, comme la Suisse où je me suis rendu il y a quelques
jours, et qui a décidé de ne pas signer le Traité d’interdiction des armes nucléaires,
pas de manière fortuite mais sur la base d’une analyse équilibrée de ses intérêts de
sécurité. Nous vivons dans un temps où il est salutaire que chacun, plutôt que de
prendre des postures, s’interroge sur l’effet de ce qu’il fait sur sa propre sécurité et sa
capacité à agir dans des cadres de sécurité collective.
Ceci ouvre aussi la question de notre relation avec la Russie. Ce pays est perçu
comme un ennemi par certains de nos partenaires, et ils ont des raisons à cela. Mais
la France ne recherche ni l’isolement, ni l’affaiblissement de la Russie. Mais, en
retour, elle attend respect et coopération.
Au-delà, nous devons continuer à développer partout dans le monde un réseau de
partenariats solides, autour d’intérêts croisés, de coopérations concrètes et de
soutien réciproque. La France est attendue partout. Cela nécessite d’avoir la
capacité de nourrir ces liens, pour qu’ils forment la base de relations solides, pour
que puissions survivre aux aléas des désaccords ponctuels dont la vie internationale
est nécessairement porteuse.
Parmi les relations à faire évoluer en priorité, je pense à la relation spécifique qui
nous lie à l’ensemble du continent africain. Si nous voulons être au rendez-vous des
changements qui s’opèrent sur le continent, si nous voulons rester en phase avec les
mutations économiques, sociétales, culturelles et numériques que connaît
aujourd’hui l’Afrique, un aggiornamento dans la manière dont nous envisageons
notre lien avec les Africains est absolument indispensable. C’est le sens du discours
prononcé par le Président de la République à Ouagadougou le 28 novembre 2017. À
la suite de cela, d’ailleurs, nous avons conclu avec l’Union africaine pour la première
fois un accord de partenariat entre l’Union africaine et la France. Et les réformes
engagées par nous-mêmes doivent être poursuivies avec détermination, le soutien
aux pays africains qui s’y engagent aussi. Et je vous demande de mettre en oeuvre
les premières mesures d’application du discours de Ouagadougou, qu’il s’agisse des
passeports talents ou encore des coopérations nouvelles, innovantes, que ce soient
les coopérations sportives que nous avons initiées au Libéria, ou que ce soient les
coopérations artistiques et culturelles que nous avons initiées au Nigeria, et
beaucoup d’autres. L’Afrique sera au centre de nos préoccupations dans l’année qui
vient.
Enfin, notre action dans les secteurs du développement, de la culture, de l’éducation,
de la recherche, constitue notre premier levier pour consolider notre présence dans
le monde et garantir notre influence à vingt ans. En m’exprimant aux journées du
Réseau, au mois de juillet, j’ai tenu à rappeler, au-delà des priorités, le sens profond
de cette action d’influence et de coopération. Je me permets de vous y renvoyer, en
rappelant simplement ici que cette action est au coeur de notre diplomatie, et au
coeur de votre mission d’ambassadeur. Dans les mois qui viennent, nous
poursuivrons le travail engagé sur la promotion du français dans le monde, mais
aussi sur l’enseignement français à l’étranger, l’export des industries culturelles,
notre attractivité universitaire, et tous les autres chantiers que vous avez à l’esprit.
Fort de moyens sanctuarisés, notre réseau devra bien entendu continuer à se
moderniser et à rechercher de nouveaux publics.
Cette diplomatie dotée de moyens nouveaux et d’un capital de relations renforcé que
je viens rapidement d’évoquer, je veux qu’elle soit d’abord une diplomatie de l’action.
Non pas parce que nous voulons être présent partout, mais parce que c’est notre
intérêt.
Notre objectif premier, celui que le Président de la République nous avait fixé l’an
passé, celui qu’il nous a de nouveau répété cette année, c’est la sécurité des
Français et la lutte contre le terrorisme islamiste au Levant et au Sahel.
En Syrie, l’équation reste à l’évidence difficile. Mais il faut le dire : l’année qui vient de
s’écouler a, d’abord et avant tout, été celle du recul de Daech. Raqqa a été libérée
de son joug - et la France peut être fière d’y avoir joué toute sa part. Certes Daech
n’est pas entièrement vaincu encore et al-Qaïda, qui n’a rien renié de ses ambitions
internationales, est toujours bien présente en Syrie. Mais notre action a conduit à
l’affaiblissement du terrorisme dans cette partie du monde, ce dont témoigne aussi,
en Irak, la libération de Mossoul.
Nous entrons donc dans une nouvelle étape, celle de la stabilisation des zones que
nous avons contribué à libérer et celle de la recherche d’une solution politique, à
laquelle nous nous employons.
Pas de stabilisation sans moyen : il était donc indispensable que ce ministère
participe, à travers le centre de crise, à la mise en oeuvre de nombreux projets -
projets de déminage, d’adduction d’eau et d’électricité - dans le Nord Est syrien. Pour
les populations de la région, c’est la possibilité de rentrer chez soi et de retrouver un
semblant de vie normale. Nous avons engagé des montants financiers significatifs
pour agir en ce sens car la victoire contre le terrorisme passe dans ces territoires par l’appui que nous apportons aux civils.

Sur le plan politique, nous avons consolidé, avec les États-Unis, une vision commune
au sein du « Small Group ». Nous partageons la conviction que, pour ouvrir la voie au
retour à la paix et au retrait des forces étrangères, il est nécessaire que soient prises
des mesures de confiance et adoptée une réforme constitutionnelle assurant un
environnement neutre, afin de préparer des élections auxquelles tous les Syriens, y
compris les déplacés et les réfugiés, puissent participer. Nous souhaitons que cette
plateforme serve désormais de base à un dialogue plus large, incluant la Russie et la
Turquie. Ces initiatives doivent aussi, nous l’espérons, nous aider à éviter le pire à
Idlib, où al-Qaïda est devenue la force dominante, et où près de trois millions de
civils vivent sous la menace d’une offensive du régime. Il y a là une véritable bombe
à retardement, humanitaire et sécuritaire.

Nos efforts en Syrie visent aussi à conforter les pays voisins, qui subissent de plein
fouet les conséquences de cette crise. Je pense à la Jordanie, que nous soutenons
dans ses efforts de sécurisation des frontières. Je pense bien sûr au Liban. Le futur
gouvernement libanais, quel qu’il soit, pourra compter sur notre appui, pourvu qu’il
continue de mettre en oeuvre les réformes économiques nécessaires, dans l’esprit de la conférence CEDRE qui s’est tenue le 6 avril dernier à Paris à notre initiative, et
qu’il maintienne, je dis cela avec un peu de force, une politique de stricte dissociation
des crises régionales.
Nous avons, par ailleurs, une responsabilité historique et un intérêt à ce que la
stabilité revienne en Libye et, d’après les dernières informations que je peux avoir, ce n’est pas encore le cas. Mais c’est un objectif majeur. C’est pourquoi je me suis déjà rendu trois fois dans ce pays. C’est aussi pourquoi, en appui du représentant des Nations unies, aux côtés de ses partenaires, en lien avec les pays de la région, la
France est à l’initiative depuis un an. Le 29 mai dernier, je l’évoquais au début de
mon propos, le Président de la République est parvenu à réunir à l’Élysée, de
manière inédite, les quatre principaux acteurs libyens, qui ne se reconnaissaient
auparavant pas entre eux.
Trois millions de Libyens se sont enregistrés sur les listes électorales : c’est à la fois
un espoir et un appel qu’il nous faut entendre. Nous appuyons l’action de Ghassan
Salamé pour avancer dans cette direction et nous soutenons financièrement la
préparation des élections, comme j’ai eu l’occasion de le dire sur place.
Bien sûr, rien n’est réglé. Mais, désormais, il y a un plan, il y a un scénario de sortie
de crise. Je le dis : ce plan n’est dirigé contre personne, il est dans l’intérêt de tous,
aussi bien dans l’intérêt des Européens que dans l’intérêt des voisins de la Libye.
Nous poursuivrons nos efforts, car ce qui se joue en ce moment en Libye, c’est à la
fois la stabilité et la prospérité de la rive Sud de la Méditerranée.

Au Sahel, nous avons accompagné les États du G5 dans la reprise en main de leur
propre sécurité. Depuis le Sommet de Bamako de juillet 2017, la Force conjointe du
G5 Sahel est montée en puissance. Trois opérations ont été conduites, avec le
soutien de la communauté internationale. Grâce au Sommet de la Celle Saint-Cloud
du 13 décembre dernier, les Américains, l’Union européenne et les pays du Golfe
appuient cette démarche, qui s’accompagne d’une initiative en faveur du
développement importante, l’Alliance Sahel, que le Sommet de Nouakchott de
décembre prochain sera l’occasion de porter à maturité.
Au Mali, la réélection du Président Ibrahim Boubacar Keita ouvre l’espoir d’un retour
de l’État sur l’ensemble du territoire et d’un réinvestissement résolu de Bamako dans
le processus de paix au Nord du pays.
S’agissant de l’Iran, vous savez nos efforts pour préserver le JCPOA. Ils seront
poursuivis avec détermination, car il en va de la stabilité internationale et de la
souveraineté de l’Europe. Il y a encore un certain nombre de problèmes techniques à
régler mais la volonté est au rendez-vous. Mais le régime doit aussi nous entendre
quand nous faisons valoir nos demandes, comme je l’ai fait au printemps à Téhéran.
J’avais alors clairement dit que la Syrie ne franchirait pas notre ligne rouge sans en
encourir les conséquences : ces conséquences sont venues. J’avais dit que des
agissements de l’Iran dans la région finiraient par faire naître le risque d’une
confrontation. Or nous avons frôlé l’escalade ! Dans l’intérêt de tous, nous
continuerons donc de plaider en faveur d’un cadre de discussion global qui porte
aussi bien sur le nucléaire après 2025, sur le balistique et sur les volontés de
déstabilisation du régime iranien dans la région.
Le conflit dans l’Est de l’Ukraine constitue, par ailleurs, toujours une fracture entre
l’Union européenne et la Russie, ce dont témoigne notamment la prolongation des
sanctions. Les affrontements sont certes de faible intensité, mais ils n’en demeurent
pas moins toujours meurtriers.

Avec l’Allemagne, lors d’une réunion ministérielle en juin à Berlin, nous nous
sommes engagés pour remobiliser les parties et obtenir d’elles des avancées pour
tenter de recréer de la confiance, cela veut dire : cessez-le-feu, retrait des armes
lourdes, désengagement, avancées sur le plan politique. Car la mise en oeuvre des
Accords de Minsk est la seule issue envisageable. Soyons très clairs : sans volonté
politique sur le terrain, envisager une éventuelle mission de l’ONU serait prématuré,
voire même contre-productif. On ne peut pas mener des opérations de la paix si la
paix n’est pas déjà là.
S’ajoutant à ces crises locales venant parfois les complexifier encore davantage,
certains phénomènes représentent des menaces transversales pour notre sécurité,
que nous ne pouvons pas non plus nous permettre d’ignorer.
L’an dernier j’avais, devant vous, évoqué les initiatives que nous prendrions en
matière d’impunité chimique. Nous l’avons fait. Le partenariat contre l’impunité chimique lancé en janvier 2017 à Paris compte désormais 37 États participants sur
tous les continents. Déjà, il a donné des résultats concrets : des mesures de gels
d’avoirs ont été prises et il nous est à présent possible de mettre en commun ce dont
nous disposons avec les 37 Etats participants.
C’est dans ce contexte favorable que l’OIAC a décidé, fin juin, d’un mécanisme
d’enquête et d’attribution en cas d’attaque chimique, en priorité en Syrie. Nous
pouvons être fiers du travail accompli ces derniers mois par notre diplomatie parce
que ce n’était pas du tout évident au départ, nous nous sommes montrés à la
hauteur du combat mené par la France, en 1993, pour l’adoption d’une convention
d’interdiction des armes chimiques.
Cependant, je reste persuadé que, dans les mois qui viennent, nous devrons
maintenir notre mobilisation face à ceux qui nient les faits ou pourraient être tentés
de tester à nouveau notre détermination.

Concernant la lutte contre le financement du terrorisme, autre enjeu majeur
transversal, autre enjeu pour notre sécurité, nous avons également été à l’initiative.
En avril dernier, à Paris, plus de 70 États ont souscrit à un agenda ambitieux, qui
prévoit de mobiliser l’ensemble de nos moyens en interministériel et de mettre en
place de nouveaux partenariats à l’étranger. La dynamique créée à Paris donnera
lieu, en 2019, à une deuxième conférence, qui se tiendra en Australie.
Vous le voyez, nous sommes pleinement mobilisés pour assurer la sécurité des
Français là où des crises éclatent et à chaque fois que nous détectons une menace
transversale. Mais il est aussi dans notre intérêt d’oeuvrer à faire baisser le niveau de tension et de conflictualité partout où nous pouvons avoir de l’influence. Je pense, en particulier, au conflit israélo-palestinien. Les États-Unis ont engagé il y a plus d’un an d’importants efforts diplomatiques, dont ils n’ont pas encore annoncé les résultats, peut-être que cela viendra un jour. Il nous faudra, de toute façon, nous aussi, prendre des initiatives. Nous souhaitons le faire en concertation avec nos partenaires les plus proches pour ne pas laisser le terrain aux agitateurs, aux radicaux et aux idéologues de tout bord. Ce que nous chercherons à obtenir, c’est la position historique de la France, un règlement juste et durable du conflit, à savoir
l’établissement de deux États, vivant côte à côte en paix et en sécurité, dans des
frontières reconnues, et ayant l’un et l’autre Jérusalem comme capitale.
Enfin, nous devons aussi garantir la sécurité de nos concitoyens à l’étranger. Au
cours des derniers mois, votre action dans ce domaine a été remarquable : à
Ouagadougou, où notre ambassade a fait l’objet d’une attaque, mais aussi au
Nicaragua, en Indonésie récemment, et partout dans le monde. L’efficacité de notre
dispositif de gestion de crises est reconnue de tous et je voudrais rendre un
hommage particulier au centre de gestion de crise et à saluer son directeur sortant,
Patrice Paoli.
Si la sécurité des Français demeure la première de nos priorités, notre diplomatie
doit aussi servir à répondre aux défis globaux de notre temps.

Incontestablement, les migrations constituent l’un de ces défis. C’est ce que l’année
qui vient de s’écouler aura rappelé aux Européens. Le Président de la République s’est longuement exprimé sur le sujet mais, moins qu’aucune autre, la question
migratoire ne peut être traitée par une approche simpliste, ou par des slogans. La
France a été et continuera d’être à l’avant-garde pour promouvoir une approche
européenne de solidarité et de responsabilité, seule approche efficace pour faire face
à ce défi. Au Conseil européen de juin dernier, la France a été au centre du jeu pour
éviter que les divergences entre Européens ne deviennent des divisions
insupportables et insurmontables. Cet été encore, nous avons trouvé avec Malte et
quatre autres pays partenaires une solution pour l’Aquarius et les 140 personnes
qu’il avait secourues en mer. Mais nous devons faire plus. Nous devons aider chacun
à sortir des postures et à se mettre d’accord sur des principes clef et quelques
éléments de constat.
Notre principe cardinal, c’est bien entendu celui de l’humanité, de l’accueil de celui
qui peut prétendre à l’asile, c’est celui de la générosité. Nous ne pouvons renoncer à
ces principes, tout simplement parce qu’ils nous définissent et que les perdre serait
nous perdre nous-mêmes.
Pour autant - c’est le second principe - cela ne veut pas dire que le droit ne doit pas
être respecté : nous ne pouvons accepter que certains pays refusent le retour de
leurs ressortissants illégalement entrés en France. C’est pourquoi nous avons, par
exemple, tenu une ligne de fermeté face aux Comores. Je compte sur votre
mobilisation sur ce sujet, que nous avons évoqué ce matin avec le ministre de
l’intérieur.
Respect de nos valeurs, respect du droit, et enfin - troisième principe - solidarité :
solidarité avec les pays européens de première entrée, en jouant réellement le jeu
des relocalisations, et solidarité avec les pays de transit, pour les aider à lutter contre les réseaux mafieux de trafic. L’accroissement considérable de notre contribution au
Fonds fiduciaire d’urgence de l’UE pour l’Afrique marque à cet égard notre
détermination, comme l’ensemble des coopérations bilatérales mises en place, et
comme notre initiative, conjointement avec les Pays-Bas, de faire sanctionner, aux
Nations unies, plusieurs têtes de réseaux actives passeurs, en particulier en Libye.
Parallèlement à cette initiative, nous continuerons de travailler à un régime européen
de sanction, qui viendra s’ajouter à l’ensemble des mesures décidées par le Conseil
européen.
Autre défi global de notre temps, le numérique.
En décembre, j’ai présenté la stratégie de notre pays en la matière et, en avril
dernier, le CAPS a organisé un évènement spécifique sur les manipulations de
l’information qui m’a permis de définir un programme d’action.
Nos dispositifs de veille, à la DCP notamment, ont été renforcés afin que nous
puissions dénoncer au moins celles des manipulations qui portent atteinte à notre
sécurité ou à notre politique étrangère. Nous l’avons d’ailleurs fait, avec un certain
succès, face aux contrevérités proférées par le régime syrien sur l’attaque chimique
menée en avril dernier contre la Ghouta. À l’avenir, nous resterons très vigilants sur
ces actions potentielles.

Avec la DSI, qui deviendra bientôt une Direction du numérique rattachée directement
au Secrétaire général, je souhaite que nous menions une réflexion sur les principes
fondamentaux de « l’hygiène numérique » à laquelle nous devons nous astreindre et
sur la conception de nouveaux services innovants. Nos messageries, qu’elles soient
privées ou professionnelles, sont scrutées, comme le sont toutes nos actions sur
Internet. Nous devons donc prendre nos précautions, car la maîtrise de l’information
et, parfois, du secret est l’une des clefs de notre action et, je vous le dis fermement,
le manquement au devoir de discrétion, s’il devait se produire, ne resterait pas sans
conséquences.
Bien souvent, ces défis globaux engagent la défense de ce que le président de la
République a évoqué, cette année encore, sous le nom de « bien communs de
l’humanité ». Depuis un an, la France est à la pointe du combat qu’il faut mener en
leur nom.
Je veux d’abord parler du climat. Nous le savons : ce qui se joue dans cette question,
ce n’est ni plus ni moins que notre existence à long terme, l’existence de la planète.
La décision prise en juin 2017 par les États-Unis de sortir de l’accord de Paris a
suscité l’incompréhension et souvent l’indignation, mais n’a pas freiné la dynamique
lancée en décembre 2015 : de nouveaux pays ont ratifié l’accord et l’on a assisté à un
formidable élan de mobilisation, émanant aussi bien d’acteurs publics que de la
société civile, pour apporter les financements nécessaires et permettre sa mise en
oeuvre pleine et entière.
Cette mobilisation a été renforcée par le « One Planet Summit » qui s’est tenu, le 12
décembre dernier à Paris, à l’initiative du Président de la République. Notre réseau
diplomatique s’y est investi avec beaucoup d’énergie. Il devra continuer à le faire,
pour assurer le suivi des engagements pris à Paris, qui feront l’objet d’un nouveau
rendez-vous de haut niveau en début d’année prochaine, vraisemblablement sur le
continent africain.
Parmi les biens communs sur lesquels nous devons veiller, je voudrais également
citer les droits humains. Les défendre et les promouvoir demeurera, tant qu’il le
faudra, une priorité de notre diplomatie. Ils ne se réduisent pas, je veux le dire, à des « valeurs » qui seraient, en propre, celle de la France, de l’Europe ou de l’Occident.
Les droits humains, en réalité, ce sont les principes mêmes qui servent de fondement
aux grands textes du droit international. À l’occasion des 70 ans de la Déclaration
universelle des droits de l’Homme, nous ne manquerons pas de le réaffirmer. Aux
côtés de la nouvelle Haut-Commissaire aux droits de l’Homme, Michelle Bachelet, et
de mon homologue allemand Heiko Maas, je présiderai, dans quelques jours en
marge de l’Assemblée générale des Nations unies, un événement consacré au rôle
de la Déclaration universelle des droits de l’Homme dans la prévention des conflits.
Et, le 8 décembre, date anniversaire de l’adoption de la déclaration, nous
présenterons une nouvelle stratégie ministérielle pour les droits humains.
Au nom de ces principes, des hommes et des femmes luttent à travers le monde,
parfois au prix de leur liberté, voire au péril de leur vie. Nous n’oublions aucun de
leurs noms. Ceux de Taner Kilic, en Turquie ou d’Oleg Sentsov, en Russie, figurent
toujours au sommet de nos agendas politiques. Ces noms, nous les évoquons tantôt dans la discrétion, tantôt publiquement, privilégiant à chaque fois l’option la plus
efficace et la plus pragmatique pour voir nos efforts aboutir.

Fort heureusement, des institutions existent pour défendre les droits humains, des
institutions que nous devons défendre et renforcer. C’est dans cet esprit que la
France a présenté sa candidature au Conseil des droits de l’Homme pour le biennum
2020-2021 ; dans cet esprit aussi que, dans le cadre de sa présidence du Comité
des ministres du Conseil de l’Europe, en mai 2019, la France s’attachera à défendre
le système européen de protection des droits de l’Homme, et en particulier la Cour
européenne des droits de l’Homme.

Si notre diplomatie doit être une diplomatie des solutions concrètes, il va de soi que
notre vocation est et demeurera d’ouvrir aussi des voies nouvelles pour la
coopération internationale. C’est pourquoi nous n’entendons pas renoncer à lutter
pour un monde plus coopératif, plus juste et donc finalement plus stable.
Cette année, notre mission, ce sera d’abord l’Europe, je l’ai dit tout à l’heure. J’ai
indiqué que je la tenais pour le premier cercle de nos intérêts et nous devrons
inlassablement au cours de l’année défendre le projet d’une Europe plus souveraine,
plus unie, plus démocratique. Faire vivre l’Europe, c’est faire vivre davantage que
l’Europe. C’est faire vivre, avec elle, l’idée de la paix par le dialogue, le compromis, la coopération, l’intégration et la tolérance.
Face à ceux qui remettent en cause le bien-fondé de l’action collective et de la
diplomatie, face à ceux qui peuvent être tentés par des formes d’organisation
alternative consacrant leur puissance nouvelle, notre deuxième mission sera de
préserver, partout où cela demeure possible, les espaces de consensus, et la
possibilité d’un avenir commun.
Certains acteurs ont fait de la déconstruction du système multilatéral un véritable
agenda politique. D’autres, comme la Chine sont tentés d’imposer un système
alternatif selon leurs propres normes en leur donnant les apparences de la
réciprocité.
Mais si rien n’est fait pour résister à cette logique de sape, quelques années suffiront
à mettre à bas le système multilatéral. Cela nous amène à devoir employer toutes
nos forces et toute notre énergie à l’éviter. Car, si le multilatéralisme est une éthique
des relations internationales, une certaine vision de ce que doivent être les rapports
entre les pays du monde, c’est aussi un engagement profondément conforme à nos
propres intérêts.
Nous devons donc réagir sans tarder.
D’abord, il faut que nous retrouvions notre capacité à établir la discussion sur la base
de faits admis en commun, j’ai déjà eu l’occasion de la dire en début de propos.
Ensuite, nous devons soutenir les agences multilatérales qui oeuvrent à la définition
d’une vision et d’un projet commun à l’humanité.
C’est pourquoi nous travaillons à rendre leur crédibilité aux organes spécialisés des
Nations unies, que ce soit dans le soutien à l’UNESCO et dans l’accompagnement
des initiatives prises par Audrey Azoulay pour engager une véritable refondation
stratégique de cet outil.
C’est dans ce même esprit que nous avons consenti d’autres efforts budgétaires
significatifs pour permettre à certaines agences fragilisées de maintenir une partie de leur activité. Je pense en particulier à l’UNRWA.
Dans ce même esprit également il convient de consolider l’Organisation mondiale du
Commerce, qui est un pilier majeur du multilatéralisme. Aujourd’hui, deux options
s’offrent aux États. S’ils parviennent à renoncer au confort de l’immobilisme pour
négocier de nouvelles règles garantissant une concurrence équitable et loyale pour
l’ensemble des entreprises, le multilatéralisme sera plus fort et plus respecté. C’est
un peu notre message à la Chine où je me rendrai dans quelques jours, pour
évoquer en particulier ces questions. S’ils s’avèrent incapables de cet effort, alors
c’est l’unilatéralisme et sa conséquence inévitable, la guerre commerciale
généralisée. Soyons lucides : un effondrement de l’OMC n’est pas inenvisageable.
Mais il est encore temps de se mobiliser pour éviter le pire. C’est ce que la France
fera en novembre, comme l’a indiqué le Président de la République au cours de son
discours.
Enfin, il nous faut agir résolument en faveur d’une solidarité internationale réelle. Le
Président de la République vous a donné avant-hier ses priorités en la matière : nous
aurons les moyens de les mettre en oeuvre. L’accroissement considérable des
ressources allouées au centre de crise pour répondre aux urgences humanitaires,
l’accroissement aussi des mobilisations financières pour l’Agence française de
développement, permettra d’agir très fortement. Et cela sera en conclusion et en
conséquence de l’excellent rapport que Hervé Berville, que je salue, a pu produire il
y a deux jours.
Le G7, qui se tiendra en 2019 sous présidence française, nous donnera l’occasion
de dire quelle voie la société internationale a choisie. Comme nos amis Canadiens le
savent bien, 2018 a démontré que l’unité de ce format n’est plus acquise. Notre défi
sera donc de rechercher l’appui des autres puissances de bonne volonté, celles qui
jouent le jeu du multilatéralisme, celles avec lesquelles la France a développé, au fil
des ans, des relations denses et fécondes. Outre l’Allemagne, dont j’ai dit
l’importance, il y a bien entendu, le Canada, mais aussi l’Australie, l’Inde, le Japon, le
Mexique et bien d’autres, , tous ces pays qui peuvent être des compagnons de
bonne volonté qui, tirant les leçons de l’Histoire, plaident comme nous pour un ordre
international régulé. Et nombre d’entre eux se trouvent en Amérique latine aussi et
notre diplomatie doit s’y déployer activement pour les associer à cette démarche qui
rejoint dans une large mesure leur vision du monde ancrée dans des valeurs
démocratiques partagées.

Mesdames les Ambassadrices et Messieurs les Ambassadeurs,

Le 11 novembre prochain, l’Europe, et avec elle le monde entier, se tournera vers
son passé et pensera, avec le recueillement qu’inspirent tant de deuils et tant de
sacrifices, à ce moment où les armes se turent enfin.
Le souvenir de 1918 enseigne à tous ceux qui, de par le monde, risqueraient de
perdre espoir, que même les conflits les plus terribles peuvent cesser. Mais, si cette
année fatidique a clos une guerre, nous n’oublions pas qu’elle a aussi ouvert trois
décennies de turbulences et d’horreur. Nous devons donc tirer une autre leçon de
1918 : que les démocraties doivent être fortes et qu’elles doivent être unies. Car,
sans personne pour se dresser face à lui, celui qui parle le langage de la force finit
par passer des paroles aux actes.

En scrutant notre présent, nous devinons confusément les reflets de cette année de
soulagement, où le pire pourtant se profilait déjà. Car c’est au miroir de 1918 que les
défis que je viens d’évoquer devant vous, ceux que nous aurons à relever ensemble
en 2018, prennent tout leur sens. Cherchant à déchiffrer ces reflets, nous
comprenons que cette histoire n’est pas seulement faite pour nous inspirer le respect
et l’humilité, mais aussi qu’elle nous porte à agir.

Cette réalité concerne très directement nos concitoyens. Il vous revient donc de leur
montrer toute la valeur de votre métier. Je me réjouis, Monsieur le Secrétaire
général, que vous ayez demandé de multiplier les déplacements sur le territoire pour
faire connaître votre métier. Dans le même ordre d’idées, je souhaite que nous
mettions en oeuvre les propositions que le Conseil d’orientation des affaires
étrangères - dont je salue les membres ici présents - a bien voulu me faire
récemment : nous lancerons dans les prochains mois au ministère des affaires
étrangères un cycle de conférences ouvertes, destinées à tous les publics, afin
d’aborder les grands sujets internationaux qui concernent nos compatriotes plus
qu’ils ne le pensent parfois ; nous ouvrirons également les promotions de l’Institut
diplomatique et consulaire à des personnalités extérieures, afin là encore que la
réalité concrète de notre action, de votre action soit mieux connue, et que nous
puissions nourrir notre réflexion des apports de la société dans son ensemble.
Nous devons faire plus encore.
C’est pourquoi la France a souhaité que les commémorations de l’Armistice soient l’occasion de rassembler, pour la première édition annuelle du Forum de Paris sur la Paix, l’ensemble des acteurs de la gouvernance mondiale. Ils seront réunis dans notre capitale, ils seront nombreux, pour faire avancer des projets concrets et proposer des solutions aux grands défis de la planète, de la question des migrations à la gouvernance de l’intelligence artificielle, de la biodiversité à l’évasion fiscale. Nous voulons ainsi apporter la preuve que nous sommes encore nombreux à croire aux mérites de l’action collective, du multilatéralisme, des règles et institutions qui permettent de façonner un monde plus stable et plus juste.

Je vous invite donc à relayer, autant que vous le pourrez, cette initiative d’espoir et
de réalisme. Et, vous, l’aurez compris, je vous invite aussi à y reconnaitre l’image de
la diplomatie que nous menons au jour le jour : une diplomatie sûre d’elle-même,
mais consciente des dangers qui la menacent ; une diplomatie à la fois ferme et agile ; une diplomatie, en définitive, que l’histoire de notre pays commande de hisser
toujours à la hauteur du temps présent.

Je vous remercie./.

-* Lire le discours en version PDF (PDF -131.5 Fo)

Dernière modification : 30/08/2018

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